Collectivités : une nouvelle suite collaborative souveraine

La CANUT propose aux collectivités une suite collaborative fondée sur Twake.ai, la plateforme de Linagora, avec l’accompagnement de Docaposte. L’accord-cadre ouvre une voie mutualisée pour réduire la dépendance aux outils américains. La prochaine étape sera de réussir les migrations, au plus près du travail des agents.

Les collectivités qui souhaitent changer leurs outils de travail disposent d’un nouveau cadre d’achat. La Centrale d’achat du numérique et des télécoms (CANUT) a notifié le 9 octobre 2026 son accord-cadre « Environnement collaboratif souverain », pour quatre ans. Linagora en est le titulaire ; Docaposte intervient en sous-traitance. L’offre repose sur Twake.ai, une plateforme collaborative développée en France.

L’annonce élargit les possibilités de choix. La CANUT conserve par ailleurs un marché proposant des licences Microsoft et des alternatives, notamment autour d’Interstis. Le nouvel accord-cadre s’adresse aux organismes qui veulent engager une autre trajectoire pour leur messagerie, leurs documents et leurs espaces de collaboration.

Une démarche construite avec les collectivités

Le projet est né d’une initiative de la région Occitanie. La CANUT l’a mené avec elle et le département de Seine-Maritime, afin de rapprocher l’offre des besoins des administrations locales. Pendant plus de dix mois, le dialogue compétitif a permis d’examiner les fonctionnalités, la sécurité, le prix, l’ergonomie et les méthodes de migration, à partir d’auditions et de cas d’usage.

Pour une commune ou une intercommunalité disposant d’une petite équipe informatique, cette préparation commune peut alléger une partie du travail de sélection. Elle permet de s’appuyer sur un marché déjà passé, plutôt que de conduire seule une procédure comparable. La collectivité doit ensuite préciser ses besoins, organiser son projet et souscrire selon les modalités de la centrale.

L’Occitanie devrait constituer une première référence de grande ampleur. Selon Linagora et Docaposte, le projet couvre l’administration régionale et envisage les besoins de la communauté éducative des lycées.

Une suite pour le travail quotidien

Le périmètre annoncé rassemble la messagerie et les agendas, la bureautique en ligne, le stockage et le partage de fichiers, la visioconférence et des espaces de travail collectif. La fiche CANUT mentionne aussi la gestion de tâches et de projets, les formulaires, ainsi que des fonctionnalités d’intelligence artificielle.

L’offre intègre des composants de la Suite numérique de l’État, dont Docs, Grist et Visio, selon le communiqué des partenaires. Ces outils servent respectivement à rédiger à plusieurs, à organiser des données dans un tableur collaboratif et à tenir des réunions à distance. L’accord-cadre associe ainsi des logiciels à des prestations d’intégration, de maintenance et d’accompagnement.

Cette combinaison est importante pour les collectivités. Elles ont besoin de pouvoir reprendre leurs courriels, partager des dossiers avec des partenaires et retrouver leurs documents. Une démonstration réussie doit donc être prolongée par des essais sur leurs propres fichiers, leurs équipements et leurs méthodes de travail.

La souveraineté doit se vérifier dans le contrat

La CANUT présente la solution comme souveraine et entièrement open source. L’accès au code peut faciliter son examen et son évolution. Pour une collectivité, la maîtrise effective dépend aussi des conditions d’exploitation : localisation des données et des sauvegardes, accès des administrateurs, sous-traitants et possibilités de récupérer les informations en fin de contrat.

La fiche du marché prévoit plusieurs modes de déploiement : service en ligne standard, options d’hébergement SecNumCloud ou HDS, et installation dans les infrastructures de l’organisme. Ces possibilités doivent être précisées dans l’offre retenue par chaque acheteur.

L’ANSSI rappelle qu’une application hébergée sur une offre qualifiée SecNumCloud n’obtient pas automatiquement cette qualification. Les élus et les directions informatiques ont donc intérêt à demander quel service est qualifié et quel périmètre est couvert.

L’intelligence artificielle appelle la même précision. Les partenaires annoncent des modèles ouverts et une infrastructure de calcul hébergée en France. Il faudra vérifier les documents auxquels l’assistant peut accéder, les droits des utilisateurs et les conditions de conservation des échanges. La confidentialité doit être garantie jusque dans ces usages.

Le coût et l’adoption décideront du résultat

La CANUT distingue trois niveaux de licences, selon des usages modérés, avancés ou intensifs. Les sources publiques consultées ne donnent toutefois pas de grille détaillée permettant de comparer le coût par agent à celui de Microsoft 365. Une économie ne peut donc pas être tenue pour acquise. [1]

La comparaison devra intégrer l’hébergement, l’assistance, la reprise des données, la formation et une éventuelle période de coexistence entre les environnements. Elle devra aussi porter sur les usages les plus exigeants : un tableur avec des macros, un document à la mise en page complexe ou un logiciel métier connecté à la messagerie peuvent nécessiter des adaptations.

Les petites collectivités disposent également de la Suite territoriale de l’ANCT, destinée aux communes de moins de 3 500 habitants et aux intercommunalités de moins de 15 000 habitants. Cette offre de services essentiels mérite d’être examinée selon leurs besoins, aux côtés des solutions accessibles par les centrales d’achat. [8]

L’accord-cadre fournit une possibilité concrète de réduire certaines dépendances numériques. Pour décider d’une migration, les collectivités gagneront à tester un périmètre limité avec les agents concernés et à mesurer la reprise des données, les difficultés rencontrées, le coût complet et la qualité du service. C’est sur ces résultats que pourra se construire un déploiement plus large.

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