Catégorie : Intelligence Artificielle

  • À #VivaIssy, Capgemini et Orange montrent comment l’IA transforme déjà le travail au quotidien

    À #VivaIssy, Capgemini et Orange montrent comment l’IA transforme déjà le travail au quotidien

    L’intelligence artificielle est souvent présentée comme une révolution technologique. Mais à quoi ressemble-t-elle concrètement dans une entreprise ? Comment modifie-t-elle les métiers, les méthodes de travail et la relation avec les clients ?

    Deux présentations, organisées le 15 juin dans le cadre du Festival #VivaIssy à l’Isep, ont apporté des réponses très concrètes à ces questions. D’un côté, Claire Labrusse et Darren Boutros, de Capgemini Telecom & Media, ont montré comment l’IA transforme le métier de Business Analyst. De l’autre, Jean-Marc Saladian, interrogé par Xavier Charpentier d’InnoCherche, a présenté les usages déployés chez Orange pour ses collaborateurs et ses clients professionnels.
    Malgré des approches différentes, un même constat s’est imposé : l’intelligence artificielle ne remplace pas l’humain. Elle agit comme un accélérateur qui permet aux professionnels de gagner du temps, de mieux exploiter les données et de se concentrer sur les tâches à forte valeur ajoutée.

    Chez Capgemini, l’accent a été mis sur l’évolution du métier de Business Analyst. L’IA est désormais capable d’analyser des centaines de pages de documentation, de résumer des réunions, de rédiger des spécifications fonctionnelles ou encore de détecter des incohérences dans des projets complexes. Des tâches qui demandaient auparavant plusieurs heures peuvent aujourd’hui être réalisées en quelques minutes.

    L’exemple présenté autour d’un projet international de commerce électronique a montré comment ces outils permettent de gérer la complexité croissante des projets numériques, tout en laissant aux experts métiers le rôle essentiel de validation et de prise de décision.

    Chez Orange, la démarche a été différente mais complémentaire. Avant de proposer des solutions à ses clients, l’opérateur a commencé par expérimenter massivement l’IA auprès de ses propres collaborateurs. Plus de 50 000 salariés ont ainsi été formés aux usages de l’intelligence artificielle à travers un dispositif baptisé « permis de l’IA ». L’objectif : apprendre à utiliser ces outils de manière responsable et efficace.

    Les cas d’usage présentés illustrent la diversité des applications possibles. Les commerciaux utilisent l’IA pour retranscrire automatiquement leurs rendez-vous, préparer leurs tournées ou détecter des incohérences entre les informations fournies par les clients et celles enregistrées dans les systèmes d’information. D’autres s’appuient sur ces outils pour synthétiser de grands volumes d’informations ou préparer des propositions commerciales.

    Cette même logique se retrouve dans les démonstrations de Capgemini. Les intervenantes ont notamment montré comment l’intelligence artificielle pouvait analyser automatiquement un backlog projet, identifier les dépendances entre différentes fonctionnalités et signaler les incohérences de priorisation susceptibles de ralentir les équipes.

    Au-delà des gains de productivité, ces deux présentations ont insisté sur un sujet devenu central : la maîtrise du langage.

    Pour obtenir des résultats pertinents, il ne suffit pas de disposer d’un modèle performant. Encore faut-il savoir lui poser les bonnes questions. Cette compétence, connue sous le nom de prompting, devient progressivement un savoir-faire incontournable dans de nombreux métiers. Capgemini a présenté une méthode structurée permettant de construire des requêtes efficaces, tandis qu’Orange a développé une véritable bibliothèque interne de prompts partagés entre collaborateurs.

    Mais cette montée en puissance de l’IA s’accompagne d’une exigence de vigilance permanente.

    Les deux entreprises isséennes ont rappelé que les modèles peuvent produire des erreurs ou des hallucinations. Les scores de confiance affichés par les systèmes ne dispensent jamais d’une vérification humaine. L’esprit critique demeure indispensable pour contrôler les résultats, détecter les incohérences et garantir la qualité des décisions prises.

    Orange a également détaillé les mécanismes mis en place pour encadrer les usages : comité éthique, dispositifs de signalement des erreurs, conformité au règlement européen sur l’intelligence artificielle et hébergement des données en France pour certaines solutions destinées aux entreprises.

    Les applications présentées ne concernent d’ailleurs pas uniquement les grandes entreprises. Orange déploie désormais ces technologies auprès de ses clients Pro-PME avec des services tels que « Mon IA Pro », intégrée à la messagerie professionnelle pour résumer des courriels, proposer des réponses ou retrouver rapidement des informations, ainsi que « Dingo », un agent conversationnel capable de répondre aux questions des clients en dehors des horaires d’ouverture.

    L’intelligence artificielle est entrée dans une phase de maturité. Les débats ne portent plus seulement sur ses performances techniques mais sur les conditions de son utilisation efficace et responsable. Pour Capgemini comme pour Orange, la réussite repose désormais sur un équilibre entre trois dimensions : des outils performants, une expertise métier solide et une supervision humaine constante. Une approche pragmatique qui replace l’humain au cœur de la transformation numérique et qui résume parfaitement l’esprit de cette édition 2026 du Festival #VivaIssy.urd’hui être assistées par l’intelligence artificielle.

    Data et intelligence artificielle pour Capgemini

    L’IA chez Orange

  • Canal+ et Arte : deux visions de la transformation numérique au Festival #VivaIssy

    Canal+ et Arte : deux visions de la transformation numérique au Festival #VivaIssy

    Comment les chaînes de télévision s’adaptent-elles aux bouleversements provoqués par le numérique ? La question était au cœur de deux conférences organisées le 11 juin dans le cadre du Festival #VivaIssy 2026. Réunissant deux acteurs majeurs de l’audiovisuel implantés à Issy-les-Moulineaux, Canal+ et Arte France, ces rencontres ont montré que la transformation numérique emprunte des chemins différents selon les missions et les publics de chaque média, mais répond à une même nécessité : évoluer en permanence pour rester pertinent dans un paysage en profonde mutation.

    D’un côté, Canal+ cherche à accompagner l’évolution des usages de consommation audiovisuelle. De l’autre, Arte France, récemment installée dans de nouveaux locaux à Issy après avoir rapatrié Arte Studio, explore les possibilités offertes par l’intelligence artificielle pour renouveler les formes de création artistique. Deux approches différentes qui témoignent de la capacité d’innovation d’un secteur confronté à une concurrence et à des usages en constante évolution.

    Pour Marylise Oger, directrice du digital de Canal+ France, le principal défi est aujourd’hui celui de l’attention. L’arrivée des téléviseurs connectés a profondément modifié les habitudes du public. Désormais équipés dans 72 % des foyers français, ils offrent un accès direct à une multitude de plateformes et de contenus. Résultat : la consommation de télévision linéaire recule tandis que le streaming à la demande continue de progresser.

    Cette abondance crée un nouveau problème : le choix. Les utilisateurs passent en moyenne 26 minutes à chercher un programme à regarder et près d’un abonné sur deux se dit prêt à résilier un service s’il ne trouve pas rapidement un contenu qui l’intéresse. Face à cette « fatigue décisionnelle », Canal+ mise sur une combinaison d’éditorialisation humaine, de recommandations personnalisées et d’intelligence artificielle afin de rendre son catalogue de 150 000 contenus plus lisible et plus accessible. La transformation numérique du groupe dépasse largement l’application myCanal. Canal+ a également repensé sa présence sur les réseaux sociaux. Les comptes Instagram, TikTok ou YouTube ne sont plus de simples relais promotionnels des programmes de la chaîne. Ils fonctionnent désormais comme de véritables médias éditoriaux traitant de l’actualité du cinéma et des séries dans son ensemble afin de créer une communauté engagée et de toucher des publics plus jeunes.

    Autre évolution marquante : l’émergence des moteurs de recherche conversationnels comme ChatGPT ou Gemini. Canal+ adapte désormais sa stratégie de référencement pour être visible non seulement sur Google mais aussi dans les réponses générées par les intelligences artificielles. Une évolution qui illustre l’apparition de nouveaux intermédiaires entre les médias et leurs publics.

    À quelques centaines de mètres de là, Arte France mène une réflexion d’une autre nature. Avec le programme « PhantasIA », présenté par Daniel Khamdamov, responsable du laboratoire de recherche et d’innovation d’Arte France, la chaîne franco-allemande explore depuis un an et demi les usages créatifs de l’intelligence artificielle. L’objectif n’est pas de produire plus vite ou moins cher, mais de permettre à des artistes d’expérimenter de nouvelles formes de narration et d’expression.

    Le programme a déjà donné naissance à des projets très variés : créations musicales, œuvres photographiques, films d’animation ou récits spéculatifs. Les artistes utilisent l’IA pour questionner la mémoire, l’histoire, l’identité ou encore notre rapport aux images. Loin d’une vision techniciste, Arte revendique une approche centrée sur les auteurs et sur la dimension culturelle de l’innovation.

    L’exemple du court-métrage « Funeral Vengeur », présenté par sa réalisatrice Louise Gib, a particulièrement illustré cette démarche. Derrière les images générées par l’IA se cachent un véritable travail d’écriture, de mise en scène, de direction d’acteurs et de composition visuelle. L’intelligence artificielle apparaît ici comme un nouvel outil de création, comparable à d’autres innovations techniques qui ont accompagné l’histoire du cinéma.

    Les échanges avec le public ont également mis en lumière les interrogations que soulève l’essor de l’IA dans les industries culturelles : disparition de certains métiers, manipulation des images, souveraineté technologique ou encore avenir du cinéma. Pour Arte, la réponse passe par une appropriation critique de ces technologies, dans le respect des valeurs européennes et des exigences de transparence imposées par la réglementation.

    Ces deux conférences ont finalement mis en évidence une même réalité. La télévision ne se résume plus à la diffusion de programmes sur un écran. Elle devient un écosystème où se croisent plateformes numériques, réseaux sociaux, moteurs de recherche, intelligence artificielle et communautés en ligne.

    Canal+ répond à cette transformation en facilitant l’accès à des contenus toujours plus nombreux. Arte l’aborde en explorant les nouvelles formes de création rendues possibles par les technologies émergentes. Deux stratégies distinctes, mais un objectif commun : continuer à répondre aux attentes de publics dont les usages évoluent plus vite que jamais.

    Leur présence à Issy-les-Moulineaux illustre également le rôle particulier joué par la ville dans l’écosystème audiovisuel français. Entre chaînes de télévision, entreprises technologiques, écoles de création et acteurs de l’innovation, le territoire constitue depuis plusieurs décennies un laboratoire privilégié des transformations qui façonnent les médias de demain.

  • Nouvelle stratégie numérique de la Commission européenne : ce qui va changer pour les collectivités locales

    Nouvelle stratégie numérique de la Commission européenne : ce qui va changer pour les collectivités locales

    La souveraineté numérique n’est pas seulement une affaire d’États. Avec la nouvelle stratégie présentée récemment par la Commission européenne, les collectivités locales vont être de plus en plus concernées. Car, jusqu’à présent, les villes, départements et régions choisissaient leurs outils numériques selon des critères relativement classiques : coût, performance, facilité d’usage ou qualité du service. Désormais, une nouvelle question s’impose progressivement : qui contrôle les infrastructures numériques sur lesquelles reposent les services publics ?

    Cette évolution résulte d’un changement notable de la doctrine européenne. Bruxelles considère aujourd’hui que certaines technologies – cloud, intelligence artificielle, centres de données ou capacités de calcul – constituent des infrastructures stratégiques comparables à l’énergie, aux transports ou aux télécommunications. Son objectif est donc de réduire notre dépendance dans ces secteurs et de renforcer les capacités industrielles du continent. La principale question est : l’Europe peut-elle continuer à développer ses services publics et son économie numérique tout en dépendant largement de technologies conçues et opérées hors de son territoire ?

    Pour les collectivités, cette question n’a rien de théorique. Les démarches administratives en ligne, les plateformes citoyennes, les outils collaboratifs, les solutions de cybersécurité ou les assistants conversationnels reposent souvent sur des infrastructures opérées par quelques grands acteurs mondiaux. Cette situation fonctionne aujourd’hui, mais elle pose des questions de résilience, de gouvernance et de maîtrise des données publiques.

    Où sont hébergées les informations des citoyens ? Sous quelle législation sont-elles placées ? Quels acteurs contrôlent les algorithmes utilisés pour produire certaines décisions ou recommandations ? Une collectivité peut-elle facilement changer de fournisseur si elle le souhaite ? Ces interrogations deviennent d’autant plus importantes que l’intelligence artificielle entre progressivement dans les administrations.

    Selon la Commission européenne, moins d’un tiers des administrations locales européennes a déployé des solutions d’intelligence artificielle à ce jour. Nous sommes donc encore au début du mouvement. Pourtant, les usages se multiplient déjà : assistants numériques pour les habitants, automatisation de certaines tâches administratives, analyse de données territoriales ou optimisation des consommations énergétiques.

    La question n’est plus de savoir si les collectivités utiliseront l’intelligence artificielle, mais dans quelles conditions elles le feront.

    L’Europe entend justement proposer des alternatives. L’entrée en vigueur progressive de l’AI Act s’accompagne de la création d’un véritable écosystème européen de l’intelligence artificielle. Les administrations publiques disposeront progressivement de nouveaux outils, de capacités de calcul mutualisées et de cadres de gouvernance communs.

    Ces exemples illustrent une réalité souvent méconnue : la ville intelligente ne repose pas seulement sur des applications visibles par les habitants. Elle dépend d’infrastructures numériques complexes, de plateformes de données et de capacités de calcul qui deviennent elles-mêmes des enjeux stratégiques.

    Les marchés publics devraient progressivement intégrer cette nouvelle réalité. Aux critères traditionnels de coût ou de performance pourraient s’ajouter des exigences relatives à la localisation des données, à l’interopérabilité des systèmes ou à la capacité de conserver la maîtrise des services numériques dans la durée.

    Le récent choix du Parlement européen de retenir le moteur de recherche français Qwant comme solution de référence pour ses utilisateurs illustre cette évolution. Au-delà de l’outil lui-même, ce choix traduit la volonté de développer des alternatives européennes dans les domaines jugés stratégiques. D’autant que Qwant a lancé avec le moteur allemand Ecosia une coentreprise baptisée European Search Perspective afin de développer un index de recherche européen indépendant.

    Pour les élus locaux, la souveraineté numérique ne signifie pas l’abandon des technologies internationales ni le repli sur soi. Elle consiste plutôt à disposer d’un véritable pouvoir de choix, à éviter les dépendances excessives et à garantir que les infrastructures numériques essentielles restent compatibles avec les intérêts publics. Comme les collectivités ont appris à sécuriser leurs approvisionnements énergétiques ou à protéger leurs ressources en eau, elles devront désormais s’interroger sur leur autonomie numérique.

    Trois questions pourraient bientôt devenir incontournables dans les exécutifs locaux : où sont hébergées les données publiques ? Quelle intelligence artificielle traite les informations des administrés ? La collectivité est-elle capable de changer de fournisseur sans reconstruire l’ensemble de ses services numériques ?

    La nouvelle stratégie européenne sur la souveraineté technologique invite les territoires à apporter leurs propres réponses à ces questions. Derrière les technologies se joue désormais une part de la capacité d’action des collectivités au XXIe siècle.

  • Souveraineté numérique : les collectivités locales doivent-elles s’opposer à l’implantation des data centers ?

    Souveraineté numérique : les collectivités locales doivent-elles s’opposer à l’implantation des data centers ?

    Lors de son audition devant la commission d’enquête sur les vulnérabilités numériques de l’Assemblée nationale, Arthur Mensch a estimé que les collectivités locales « ne comprennent pas forcément les enjeux supranationaux » de la souveraineté numérique. Selon lui, si elles peuvent fournir le terrain, les décisions d’investissement massif et le pilotage des projets technologiques doivent relever avant tout de l’État ou des acteurs économiques.

    Le patron de Mistral AI défend ainsi une approche centralisée et stratégique des infrastructures numériques, notamment sur le plan énergétique, afin de répondre aux enjeux de puissance et de souveraineté à l’échelle européenne.

    Il a raison sur un point essentiel : les investissements liés à l’intelligence artificielle seront décisifs pour la compétitivité économique des prochaines décennies. Les data centers sont devenus des infrastructures critiques, comparables aux réseaux ferroviaires, électriques ou portuaires des siècles précédents. Aucun pays européen ne pourra prétendre jouer un rôle majeur dans l’IA sans disposer de capacités massives de calcul et d’hébergement.

    Mais il commet une erreur d’analyse lorsqu’il considère implicitement les collectivités comme un simple échelon d’exécution. On n’innove pas contre les habitants, ni en leur imposant une vision technocratique du progrès. Les élus locaux ne sont pas élus pour gérer des « enjeux supranationaux » abstraits. Ils sont élus pour protéger la qualité de vie, l’environnement et les intérêts quotidiens de leurs populations.

    C’est précisément ce qui explique la montée des oppositions aux data centers dans plusieurs pays.

    Pourquoi les oppositions explosent aux États-Unis

    Aux États-Unis, le mouvement est devenu spectaculaire. En mars 2026, une enquête nationale de l’institut Gallup menée auprès d’un millier d’Américains révélait que 71 % des personnes interrogées s’opposaient à la construction d’un data center lié à l’intelligence artificielle dans leur voisinage, dont 48 % “fortement opposées”. À l’inverse, seuls 20 % des sondés y étaient favorables. Le rejet est même devenu supérieur à celui observé historiquement pour les centrales nucléaires.

    Cette opposition traverse d’ailleurs les clivages politiques. Selon cette même étude, 75 % des démocrates, 74 % des indépendants et 63 % des républicains se disent opposés à l’installation de nouveaux data centers près de chez eux. Le phénomène est devenu suffisamment important pour influencer plusieurs campagnes électorales locales et débats sur les élections américaines de mi-mandat de 2026.

    La première inquiétude concerne l’électricité. Les riverains redoutent que la consommation énergétique massive de ces infrastructures fasse augmenter les prix de l’énergie et accentue les tensions sur le réseau. Cette crainte n’a rien de fantasmatique : la croissance de la demande électrique américaine est désormais largement alimentée par l’essor des data centers liés à l’intelligence artificielle.

    La pression sur les ressources en eau provoque également des tensions croissantes. À Tucson, en Arizona, le projet « Project Blue » prévoyait de puiser d’importantes quantités d’eau potable dans une région désertique afin de refroidir des serveurs. Après une forte mobilisation citoyenne, le conseil municipal a finalement abandonné le projet à l’unanimité. À New Brunswick, dans le New Jersey, un autre projet a été stoppé après des protestations portant sur les risques environnementaux et la proximité avec une école primaire.environnement physique — énergie, cadre naturel, esthétique du paysage — enflamme une opposition farouche dans de nombreuses communautés à travers le pays. Le sujet est devenu un enjeu politique majeur à l’approche des élections de mi-mandat de 2026.

    Le Maine a même adopté un projet de loi instaurant un moratoire sur les nouveaux data centers à l’échelle de l’État.

    La France commence à connaître les mêmes tensions. Plusieurs projets suscitent des oppositions locales de plus en plus fortes, notamment en raison de leur consommation énergétique potentielle.

    Le vrai problème : des projets conçus sans les territoires

    Le problème n’est pas l’existence des data centers. Le problème est la manière dont les projets sont conçus et présentés.

    Le péché originel de nombreux projets contestés est d’arriver en consultation publique avec un dossier déjà bouclé. À ce stade, la concertation est souvent perçue comme une formalité administrative. Les habitants ont alors le sentiment qu’il ne leur reste qu’un seul levier : bloquer le projet.

    Or les projets qui avancent le plus vite sur la durée sont généralement ceux qui investissent dès le départ dans l’acceptabilité locale.

    Cela suppose d’associer les collectivités et les riverains en amont, dès la phase de faisabilité, avant même le dépôt des permis. Cette méthode ralentit parfois légèrement le calendrier initial, mais elle évite ensuite des années de contentieux et de blocages.

    Vers un nouveau contrat territorial du numérique

    L’acceptabilité progresse également lorsque les bénéfices pour le territoire sont concrets et visibles. Les emplois créés par les data centers restent souvent limités une fois les sites en exploitation. Les collectivités attendent donc autre chose : financement des infrastructures de voirie, renforcement des réseaux électriques, formation professionnelle locale ou contribution à la transition énergétique.

    Les projets les plus intelligents doivent transformer leurs contraintes environnementales en avantages territoriaux.

    À Meudon, par exemple, le data center PA13x développé par Equinix illustre cette évolution. Le site fonctionne sans consommation d’eau grâce à un système en circuit fermé et utilise une énergie entièrement décarbonée. Il est également présenté comme le premier data center français équipé de panneaux solaires sur une surface de 350 m². Le projet prévoit surtout la valorisation de la chaleur produite par les serveurs afin d’alimenter le quartier de Meudon-la-Forêt via un partenariat avec Engie. Cette chaleur fatale doit contribuer à fournir une énergie gratuite pendant vingt ans à une partie du territoire. Déjà expérimenté à Saint-Denis, ce modèle devient progressivement une référence internationale pour les nouveaux projets de data centers.

    D’autres leviers existent également. Les opérateurs peuvent financer de nouvelles capacités de production énergétique plutôt que de s’appuyer uniquement sur le réseau existant. Les data centers peuvent aussi adapter leur consommation en fonction de l’état du réseau électrique afin de limiter les tensions lors des pics de demande.

    Le cas le plus emblématique reste celui de Microsoft aux États-Unis. En Pennsylvanie, Constellation Energy prépare le redémarrage de Three Mile Island Unit 1, rebaptisé Crane Clean Energy Center, dans le cadre d’un contrat d’approvisionnement électrique de vingt ans conclu avec Microsoft. L’électricité produite alimentera directement les infrastructures liées à l’intelligence artificielle du groupe.

    Les collectivités pourraient également obtenir des contreparties numériques directes, comme l’hébergement local de leurs propres données à des conditions préférentielles.

    Le véritable enjeu n’est donc pas de choisir entre innovation et démocratie locale. Il est de construire un modèle dans lequel les territoires deviennent des partenaires de la souveraineté numérique plutôt que de simples terrains d’implantation.

    L’Europe ne pourra pas défendre son autonomie technologique tout en refusant systématiquement les infrastructures nécessaires à l’intelligence artificielle. Mais elle ne pourra pas davantage réussir cette transformation en marginalisant les collectivités et les habitants.

    La bataille des data centers n’est pas seulement énergétique ou technologique. C’est aussi un test de notre capacité à construire une politique industrielle numérique acceptée démocratiquement par les territoires.

  • Face aux députés, Arthur Mensch défend une “souveraineté ouverte” de l’intelligence artificielle européenne

    Face aux députés, Arthur Mensch défend une “souveraineté ouverte” de l’intelligence artificielle européenne

    À la tête de Mistral AI, Arthur Mensch a livré, le 12 mai dernier à l’Assemblée nationale, une audition offensive sur l’avenir numérique de l’Europe. Face à la commission d’enquête sur les dépendances structurelles du secteur numérique, l’entrepreneur français a dressé un constat sévère : selon lui, l’Europe risque de devenir un simple marché de consommation de l’intelligence artificielle américaine et chinoise si elle ne change pas rapidement de stratégie industrielle.

    Fondée en 2023 par une quinzaine de chercheurs installés entre la France et le Royaume-Uni, Mistral AI s’est imposée en moins de trois ans comme l’un des rares acteurs européens capables de rivaliser technologiquement avec OpenAI, Google ou Anthropic. Valorisé près de 12 milliards d’euros et fort d’environ 1 000 collaborateurs, l’entreprise française revendique une approche « ouverte et souveraine » de l’IA, à contre-courant de la concentration du secteur entre quelques géants américains.

    Dès le début de son intervention, Arthur Mensch a alerté les députés sur le risque économique majeur que représente la dépendance européenne aux services d’intelligence artificielle étrangers. Selon lui, si l’usage de l’IA atteint dans trois ou quatre ans l’équivalent de 10 % de la masse salariale européenne — un niveau déjà observé chez certains utilisateurs de Mistral — cela représenterait près de 1 000 milliards d’euros de services numériques consommés chaque année. « Si ces services sont fournis par des acteurs non européens, c’est 1 000 milliards de déficit commercial supplémentaire qui sortiront d’Europe chaque année », a-t-il averti. Un argent qui serait ensuite réinvesti en recherche et développement aux États-Unis et en Chine.

    Pour le dirigeant, la souveraineté numérique ne relève pas seulement de l’économie mais aussi de la sécurité stratégique. Défense, cybersécurité, infrastructures critiques, logistique ou robotique : les futurs systèmes dépendront largement des modèles d’IA utilisés. « Nous risquons demain d’être contraints d’utiliser les biais et les choix technologiques de groupes américains ou chinois », a-t-il expliqué devant les parlementaires.

    Autre sujet central de son audition : l’énergie. Arthur Mensch considère désormais l’électricité comme « la véritable ressource stratégique » de l’intelligence artificielle. « Il faut réfléchir à l’intelligence comme on réfléchit à l’énergie ». Les futurs centres de calcul nécessitent des quantités massives d’énergie, et la France dispose d’un avantage rare grâce à son parc nucléaire. « La France produit plus d’électricité qu’elle n’en consomme », a-t-il rappelé, avant d’alerter sur la rapidité avec laquelle les grands groupes américains sécurisent actuellement cette capacité énergétique via des contrats de long terme.

    « Une fois qu’ils l’ont fait, vous n’avez plus d’électricité disponible. C’est irrémédiable », a-t-il affirmé. Selon lui, une « monopolisation de la ressource énergétique européenne » est déjà en cours et les deux prochaines années seront décisives.

    Mistral AI vise désormais un gigawatt de capacité de calcul d’ici 2029, soit l’équivalent d’un très grand centre de données IA. Mais Arthur Mensch estime que cet objectif reste insuffisant face à la concurrence internationale. Il affirme être prêt à accélérer les investissements à condition que l’État français et les institutions européennes s’engagent durablement à acheter des services d’IA européens. « Sans visibilité sur la commande publique, il est impossible de prendre le risque financier d’aller plus vite », a-t-il résumé.

    Le patron de Mistral a également dénoncé la fragmentation du marché européen. Il a cité les « 27 régimes fiscaux, 27 droits du travail et 60 opérateurs télécoms » qui compliquent selon lui l’émergence de champions continentaux face aux États-Unis. Il estime aussi que certaines réglementations européennes, notamment l’AI Act, finissent par « favoriser les gros acteurs », capables d’absorber les coûts de conformité juridique et technique.

    À ses yeux, l’Europe entretient un « récit autodestructeur » consistant à privilégier la régulation plutôt que l’innovation. Il plaide pour une politique industrielle inspirée du modèle américain, où la commande publique soutient massivement les entreprises nationales depuis plusieurs décennies. « La commande publique européenne représente près de 50 % du PIB. Elle doit servir à faire émerger des acteurs européens », a-t-il insisté.

    Arthur Mensch a toutefois rejeté toute vision isolationniste. L’Europe, selon lui, a besoin d’investissements étrangers pour financer son développement technologique, faute de grands fonds de pension. Mais cette ouverture doit s’accompagner d’une stratégie de contrôle des infrastructures critiques et des capacités de calcul.

    Le débat dépasse déjà les seuls enjeux technologiques. Le projet de campus IA envisagé en Seine-et-Marne illustre cette tension entre souveraineté numérique, environnement et aménagement du territoire. Certains élus s’inquiètent de l’impact écologique et de la consommation électrique de ces infrastructures, parfois comparées à celle d’une centrale nucléaire. Arthur Mensch assume ce dilemme : « D’un point de vue écologique, ce serait sûrement mieux que ce soit une forêt. Mais il faut aussi raisonner d’un point de vue économique et stratégique pour ne pas dépendre totalement de l’extérieur. »

    L’audition a également mis en lumière le décalage entre l’ampleur des enjeux et l’attention politique portée au sujet. Sur les images vidéo de l’audition, on peut relever l’absence d’une très grande majorité des 30 députés membres de la commission lors de cette séance pourtant consacrée à l’un des secteurs les plus structurants des prochaines décennies.

    Pour Arthur Mensch, le message est clair : la bataille de l’intelligence artificielle se joue maintenant, à la fois sur les infrastructures, l’énergie, les investissements et la capacité de l’Europe à soutenir ses propres acteurs technologiques.

  • IA : la France entre dans le top 5 mondial des pays les plus utilisateurs

    IA : la France entre dans le top 5 mondial des pays les plus utilisateurs

    À la fin de l’année 2025, l’intelligence artificielle a franchi un seuil d’usage inédit. Selon une étude du Microsoft AI Economy Institute, 16,3 % de la population mondiale utilise désormais des outils d’IA générative, soit près d’une personne sur six. La progression est rapide, mais très inégale : les pays industrialisés adoptent ces technologies deux fois plus vite que les économies émergentes, et l’écart entre le « Nord global » et le « Sud global » dépasse désormais dix points.

    Dans ce contexte, la France se distingue nettement. Au second semestre 2025, 44 % des Français en âge de travailler déclaraient utiliser au moins un outil d’intelligence artificielle générative, en hausse de 3,1 points en six mois. Ce niveau place le pays au 5ᵉ rang mondial. Le Royaume-Uni atteint 38,9 % d’adoption, l’Allemagne 28,6 % et les États-Unis 28,3 %, tandis que les Émirats arabes unis dominent le classement avec 64 % et Singapour avec 60,9 %.

    Cette position repose sur des choix engagés depuis plusieurs années. La France a investi tôt dans les infrastructures numériques, la recherche et la formation. Elle s’appuie sur un écosystème scientifique et entrepreneurial actif, qui favorise l’émergence de nouvelles solutions et leur diffusion rapide. L’essor de startups comme Mistral AI, devenue en peu de temps la startup européenne la plus valorisée du secteur, a contribué à renforcer la visibilité internationale de la filière et à accélérer l’adoption par les entreprises.

    L’action publique constitue un autre levier décisif. L’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans les services de l’État et des collectivités a contribué à familiariser les citoyens avec ces outils. L’administration, en devenant elle-même utilisatrice, a joué un rôle d’entraînement pour l’ensemble de l’économie. Aujourd’hui, un tiers des entreprises françaises de plus de 250 salariés ont déjà intégré l’IA dans leurs activités, notamment pour l’analyse de données, l’automatisation ou l’aide à la décision.

    Cette transformation se lit également à l’échelle locale. Certaines collectivités expérimentent depuis plusieurs années des services publics enrichis par l’intelligence artificielle, contribuant à diffuser ces technologies dans la vie quotidienne. À Issy-les-Moulineaux, le lancement d’IssyGPT en décembre 2023 a ouvert un nouveau canal de dialogue entre la mairie et les habitants, facilitant l’accès à l’information municipale et aux services. Plusieurs dizaines de milliers de conversations ont été enregistrées depuis sa mise en service, signe d’une appropriation rapide par les usagers. A Meudon, c’est un assistant conversationnel, doté d’une intelligence artificielle, qui prend le relais dès que la mairie ferme ses portes : la nuit, le week-end et les jours fériés… Cet agent vocal est capable de donner, en autonomie : horaires des équipements municipaux, formalités administratives, état civil ou informations pratiques.

    La diffusion passe aussi par l’accompagnement des publics. Des ateliers d’initiation à l’intelligence artificielle sont régulièrement proposés, notamment dans les écoles et lors d’événements consacrés au numérique, afin d’apprendre à formuler des requêtes, à comprendre le fonctionnement des modèles et à vérifier les sources. Cette approche pédagogique contribue à réduire les inégalités d’accès et à inscrire l’IA dans les usages courants.

    Ces initiatives illustrent un phénomène plus large : la transformation numérique ne se joue pas uniquement dans les centres de recherche ou les grandes entreprises, mais aussi dans les territoires, au contact direct des citoyens. Elles éclairent concrètement les raisons pour lesquelles la France figure aujourd’hui parmi les pays où l’intelligence artificielle est la plus utilisée au quotidien.

    Le contraste avec les États-Unis souligne cette évolution. Le pays reste en tête pour le développement des modèles et des infrastructures, mais il n’occupe que le 24ᵉ rang en matière d’usage par la population active. Cette dissociation montre que la maîtrise technologique ne suffit pas à elle seule à généraliser les pratiques.

    D’autres pays ont adopté des stratégies offensives pour accélérer la diffusion. Les Émirats arabes unis ont nommé dès 2017 un ministre dédié à l’intelligence artificielle et multiplié les dispositifs d’expérimentation réglementaire et d’attraction des talents. La Corée du Sud a connu en 2025 la progression la plus rapide, avec un taux d’adoption passé de 25,9 % à 30,7 % en un semestre, portée par des politiques publiques volontaristes et par l’amélioration rapide des modèles en langue coréenne.

    Dans le même temps, l’essor de solutions open source transforme l’accès à l’intelligence artificielle dans de nombreux pays émergents, en réduisant les barrières financières et techniques. L’enjeu n’est plus seulement d’innover, mais de permettre l’accès et l’appropriation par le plus grand nombre.

    La France fait désormais partie des pays où l’usage massif de l’intelligence artificielle devient un facteur de compétitivité et d’efficacité des politiques publiques. L’expérience montre que cette transformation se construit autant par les stratégies nationales que par les initiatives locales, là où les technologies rencontrent concrètement les usages.

    Le rapport complet AI Diffusion