À partir du 1er septembre 2026, la facturation électronique deviendra une réalité pour toutes les entreprises. Cette réforme, moins spectaculaire que l’intelligence artificielle mais tout aussi structurante pour le quotidien économique, était au cœur d’une session du Festival #VivaIssy, organisée le 16 juin dernier par la Chambre de Commerce et d’Industrie des Hauts-de-Seine.
La CCI 92 avait réuni Laure Dutruc-Rosset et Françoise Boutbien, de la Direction générale des Finances publiques des Hauts-de-Seine, Céline Prestat, expert-comptable associée au sein du cabinet Exponens, Gérard Lesne, représentant de la plateforme Tiime, et Roxane Landrin, de la Chambre de Commerce et d’Industrie des Hauts-de-Seine.
Le message principal est simple : une facture électronique ne sera pas un PDF envoyé par mail. Ce sera une facture structurée, transmise par une plateforme agréée, avec des données exploitables par les logiciels comptables et par l’administration.
Concrètement, les entreprises devront changer leurs habitudes. Aujourd’hui, une facture peut arriver par mail, depuis un portail fournisseur ou sous forme de pièce jointe. Demain, pour les échanges concernés, elle devra passer par une plateforme. Cette plateforme indiquera si la facture est reçue, acceptée, rejetée ou mise en paiement. En cas de litige, les motifs devront être identifiés. L’entreprise saura donc plus précisément où se trouve sa facture dans le circuit de traitement.
Le calendrier impose de ne pas attendre. À partir du 1er septembre 2026, toutes les entreprises concernées devront être capables de recevoir des factures électroniques. Les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire devront aussi les émettre à cette date. Les PME et micro-entreprises auront jusqu’au 1er septembre 2027 pour émettre leurs factures électroniques, mais elles devront déjà être prêtes à les recevoir dès cette année.
La première vérification à faire concerne le statut de l’entreprise au regard de la TVA. La réforme vise les entreprises assujetties à la TVA. Cela inclut aussi des professionnels qui ne facturent pas effectivement la TVA, par exemple certains micro-entrepreneurs en franchise en base. Les particuliers et certaines structures non assujetties ne relèvent pas du même périmètre.
La deuxième vérification porte sur la nature des clients. Si une entreprise facture une autre entreprise française, elle entre dans le champ de la facturation électronique. Si elle vend à des particuliers ou à l’international, elle devra transmettre des données de transaction, mais pas selon le même circuit. À partir de 2028, les prestations de services seront aussi concernées par la transmission des données d’encaissement, afin de faciliter le pré-remplissage des déclarations de TVA.
La troisième étape sera le choix de la plateforme. Chaque entreprise devra sélectionner une plateforme agréée ou une solution compatible connectée à une plateforme agréée. Ce choix ne doit pas être traité comme une simple formalité. La plateforme deviendra l’intermédiaire entre l’entreprise, ses clients, ses fournisseurs et l’administration. Elle servira à recevoir les factures, les émettre, transmettre les données, gérer les statuts, conserver les preuves et, selon les solutions, archiver les documents.
Un annuaire national permet d’identifier la plateforme choisie par chaque entreprise. Il fonctionnera comme un référentiel commun : pour envoyer une facture à une entreprise, il faudra savoir par quelle plateforme elle passe. L’inscription dans cet annuaire supposera un accord formel, directement ou par mandat, par exemple via l’expert-comptable.
Le conseil donné aux entrepreneurs est donc très concret : ne pas attendre 2027. Une PME ou une micro-entreprise qui devra émettre ses factures électroniques à partir du 1er septembre 2027 devra déjà recevoir celles de ses fournisseurs dès le 1er septembre 2026. Elle a donc intérêt à choisir sa solution, tester ses flux et mettre à jour ses fichiers clients dès maintenant.
La transformation numérique se joue aussi dans les outils de gestion qui structurent la vie quotidienne des entreprises. Avec la facturation électronique, le changement est désormais daté. Le 1er septembre 2026, il faudra être prêt à recevoir. Pour beaucoup d’entreprises, le vrai travail commence maintenant.
L’intelligence artificielle consomme de l’énergie, de l’eau et des ressources naturelles à une échelle souvent méconnue. Un récent rapport des Nations Unies invite les collectivités à regarder au-delà des promesses technologiques. Mais loin d’appeler à un rejet du numérique, il souligne aussi le rôle que l’IA peut jouer pour accélérer la transition écologique des territoires. Une question qui sera au cœur des débats du Festival #VivaIssy.
L’IA est devenue un outil du quotidien. Elle rédige des textes, analyse des images, assiste les agents publics et aide les décideurs à mieux comprendre leur territoire. Mais derrière cette révolution technologique se cache une réalité moins visible : l’IA consomme de l’énergie, de l’eau et des ressources naturelles dans des proportions qui interrogent désormais les acteurs publics.
C’est l’un des principaux enseignements du rapport The Environmental Cost of AI, publié le 3 juin dernier par l’Institut des Nations Unies pour l’Eau, l’Environnement et la Santé (UNU-INWEH). Ses auteurs invitent à regarder au-delà des seules performances des modèles d’intelligence artificielle pour prendre en compte leur empreinte environnementale globale. Les chiffres donnent la mesure du phénomène. Les centres de données qui alimentent les services numériques et les systèmes d’IA ont consommé près de 450 térawattheures d’électricité en 2025. Leur consommation pourrait dépasser 900 térawattheures par an d’ici 2030. Le rapport souligne également les besoins croissants en eau pour refroidir les infrastructures et produire l’énergie nécessaire à leur fonctionnement.
Pour autant, les chercheurs de l’ONU ne plaident pas pour un ralentissement de l’innovation. Leur message est plus nuancé : l’intelligence artificielle peut aussi devenir l’un des outils les plus efficaces pour répondre aux défis environnementaux du XXIe siècle.
C’est précisément ce paradoxe qui concerne les collectivités locales.D’un côté, les villes développent de plus en plus de services numériques et expérimentent de nouveaux usages de l’IA. De l’autre, elles sont directement confrontées aux conséquences du changement climatique et doivent atteindre des objectifs ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Dans ce contexte, l’enjeu n’est pas de choisir entre numérique et écologie, mais de trouver le bon équilibre. Les applications concrètes se multiplient déjà sur le terrain. L’intelligence artificielle permet d’optimiser les consommations énergétiques des bâtiments publics, de mieux réguler les déplacements urbains, de réduire certains gaspillages ou encore d’améliorer la gestion des réseaux d’eau. Elle ouvre également de nouvelles perspectives pour la préservation de la biodiversité. Grâce à l’analyse automatisée de données environnementales, les collectivités peuvent identifier les zones les plus sensibles, suivre l’évolution des espaces naturels ou mesurer plus précisément l’impact de leurs politiques de végétalisation.
Les technologies numériques permettent aussi de mieux informer et mobiliser les habitants. Cartographie participative, suivi des consommations, outils d’aide à la décision ou plateformes citoyennes : autant de leviers qui peuvent contribuer à accélérer la transition écologique des territoires.
La question devient alors essentielle : comment faire en sorte que les bénéfices environnementaux apportés par l’intelligence artificielle soient supérieurs aux ressources qu’elle consomme ?
Cette interrogation sera au cœur d’une table ronde organisée dans le cadre du Festival #VivaIssy.
Le lundi 15 juin, de 16h30 à 17h30 à l’ISEP, quatre experts confronteront leurs analyses lors d’une session intitulée « Numérique et Climat : problème ou solution ? ».
Marc Léobet (Mens Data), spécialiste des impacts environnementaux du numérique, Charles Huot (Cap Digital / Eclairion), acteur du développement d’infrastructures numériques plus sobres, Zarko Stojanovic, fondateur de Linné Paysages, engagé dans les questions de biodiversité urbaine, et Luca Fayoux-Cinelli (Issy Média), impliqué dans les projets de transformation numérique des collectivités, croiseront leurs regards sur cette tension devenue centrale pour les territoires. (S’inscrire ici)
Le numérique représente aujourd’hui près de 4 % des émissions mondiales de CO₂, soit un niveau comparable à celui de l’aviation civile. Mais il offre aussi des outils capables d’aider les villes à réduire leur empreinte carbone, à mieux préserver leur environnement et à adapter leurs politiques publiques aux défis climatiques. Aucune réponse n’est simple, mais il existe des pistes concrètes pour construire un numérique à la fois innovant, utile et responsable.
L’article du 27 mai dernier publié par Les Échosautour de Claude Mythos marque un tournant dans la cybersécurité. Jusqu’ici, l’intelligence artificielle générative était surtout perçue comme un accélérateur pour les cybercriminels : rédaction de campagnes de phishing plus crédibles, automatisation du repérage des cibles, production assistée de code malveillant. Avec Mythos, le sujet change de nature. Selon l’analyse de Sia Partners relayée par Les Échos, certains modèles seraient désormais capables d’enchaîner de manière autonome plusieurs vulnérabilités critiques et de produire des exploits opérationnels en quelques heures, pour un coût bien inférieur à celui nécessaire pour bâtir une défense équivalente.
Le point le plus marquant tient au décalage avec les analyses publiques les plus récentes. Le 4 février 2026, l’ANSSI publiait sa synthèse sur l’IA générative face à la menace cyber. L’agence estimait alors que la recherche autonome de failles inédites par l’intelligence artificielle demeurait encore trop instable pour être menée rapidement et à grande échelle. Huit semaines plus tard, selon Sia Partners, Mythos démontrait l’inverse. En d’autres termes, la doctrine publique française aurait été dépassée en moins de deux mois.
Cette accélération modifie profondément l’équation de la cybersécurité. L’IA ne supprime pas les barrières techniques. Elle ne garantit pas le succès d’une attaque. Mais elle réduit considérablement son coût, son temps de préparation et le niveau d’expertise nécessaire pour passer à l’action.
Les collectivités locales en première ligne
Pour les collectivités locales, l’enjeu est immédiat. Elles concentrent des données sensibles, gèrent des services essentiels et pilotent des infrastructures critiques du quotidien. En France, l’ANSSI a traité 218 incidents touchant les collectivités territoriales en 2024. Cybermalveillance.gouv.fr indique qu’une collectivité sur dix a subi au moins une cyberattaque sur douze mois. Dans plus d’un tiers des cas, l’attaque a entraîné une interruption de service.
À l’échelle européenne, l’ENISA recense 586 incidents cyber publiquement signalés dans les administrations publiques en 2024. Au niveau mondial, les collectivités figurent parmi les cibles les plus vulnérables face aux rançongiciels, avec des coûts de remédiation qui se chiffrent désormais en millions d’euros.
Face à cette réalité, la réponse ne peut plus être uniquement technique. Renforcer les sauvegardes, généraliser l’authentification multifacteur, accélérer les mises à jour critiques et mutualiser les moyens restent indispensables. Mais cela ne suffit plus.
Pourquoi les communicants doivent entrer dans la cellule de crise
En cas d’attaque, la communication devient un levier stratégique de résilience. Trop souvent, la gestion de crise cyber est considérée comme le seul domaine de la DSI. C’est une erreur. Lorsqu’un service public numérique tombe, ce n’est pas seulement un incident informatique : c’est une rupture de confiance avec les habitants.
Le rôle des directions de communication est alors déterminant. Elles doivent être intégrées dès la préparation des scénarios de crise, au même titre que les directions des systèmes d’information, les directions générales et les services juridiques. Informer rapidement, clairement et honnêtement les citoyens sur la nature de la perturbation, les impacts concrets, les alternatives disponibles et les délais de retour à la normale est essentiel.
Dans une crise cyber, le silence nourrit l’inquiétude. Une parole tardive laisse la place aux rumeurs. Une communication trop technique désoriente. Les directions de communication doivent être capables de traduire un incident complexe en messages simples, utiles et immédiatement compréhensibles.
Cette préparation suppose des exercices réguliers associant communicants, DSI, cabinet, direction générale et élus. Qui prend la parole ? Sur quels canaux ? Avec quel niveau de transparence ? Comment répondre aux médias ? Comment rassurer les usagers tout en évitant de fournir des informations exploitables par les attaquants ? Ces questions doivent être traitées avant la crise.
Apprendre les bons réflexes avant la crise
La meilleure réponse reste enfin la pédagogie. Sensibiliser les agents et les habitants aux réflexes de base — vigilance face aux liens suspects, protection des mots de passe, vérification des demandes inhabituelles, maîtrise des usages numériques — constitue aujourd’hui une véritable politique de prévention.
C’est, par exemple, l’ambition du Festival #VivaIssy. Rendez-vous samedi 13 juin au Nida, pour un après-midi ouvert au grand public et aux familles, où l’association InnoCherche proposera une expérience interactive et ludique pour apprendre les bons réflexes face aux cybermenaces du quotidien.
Autre temps fort, mardi 16 juin à l’ISEP, avec une conférence intitulée : « Le numérique à l’épreuve du réel : illusion de maîtrise et nouvelles vulnérabilités », qui proposera une mise en perspective des transformations en cours.
Parce que la cybersécurité n’est plus seulement une affaire d’experts, mais un enjeu collectif de confiance numérique.
Il y a une actualité qui a été insuffisamment partagée à mon goût : 2026 marque la première année du nouveau plan quinquennal chinois et pourrait permettre au pays de prendre de l’avance sur ses concurrents occidentaux dans les domaines des innovations technologiques, mais aussi climatiques.
Ce 15ᵉ plan quinquennal place en effet l’innovation technologique et la transition climatique au cœur d’un modèle de développement recentré sur la souveraineté et la stabilité. L’objectif affiché est très clair : réduire les dépendances extérieures tout en maîtrisant les risques internes liés à la croissance, à l’énergie et à l’environnement.
Sur le plan technologique, Pékin accélère une stratégie d’autonomie dans les secteurs critiques. Les investissements en recherche et développement poursuivent une trajectoire de croissance soutenue, avec un accent sur les technologies jugées stratégiques. Les semi-conducteurs restent la priorité absolue, dans un contexte de restrictions américaines sur les exportations de composants avancés. L’État mobilise ses grands groupes publics, mais aussi des acteurs privés, pour structurer une filière nationale capable de couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur, de la conception à la production.
L’intelligence artificielle constitue l’autre pilier de cette ambition. La Chine vise une intégration massive de l’IA dans l’industrie, les services publics et la défense. Les applications concernent autant la production industrielle que la gestion urbaine, la santé ou la sécurité. Les autorités cherchent à concilier accélération technologique et contrôle politique, en encadrant les usages tout en soutenant les champions nationaux.
Les infrastructures numériques accompagnent ce mouvement. Le déploiement de la 5G se poursuit, avec des investissements dans les réseaux de nouvelle génération et les centres de données. La Chine développe également des capacités dans le calcul quantique et les biotechnologies, avec l’objectif de se positionner sur les prochaines ruptures technologiques. Cette montée en gamme s’inscrit dans la continuité de programmes industriels comme « Made in China 2025 », mais avec un recentrage sur la résilience et la sécurité.
Le plan précise la nature des technologies ciblées et introduit la notion de « nouvelles forces productives de qualité », destinée à transformer en profondeur l’appareil industriel. Au-delà des secteurs déjà identifiés, Pékin élargit son périmètre aux « industries du futur », avec des investissements dans le quantique, la 6G, les interfaces cerveau-machine ou encore la fusion nucléaire. Cette stratégie s’accompagne d’un renforcement de la recherche fondamentale et d’une articulation plus étroite entre éducation, science et formation des talents, afin de sécuriser sur le long terme les capacités d’innovation.
Cette stratégie s’accompagne d’un effort pour stimuler l’innovation domestique. Les grandes métropoles technologiques comme Shenzhen ou Shanghai jouent un rôle de laboratoire, en concentrant investissements, talents et écosystèmes industriels. L’État encourage également la diffusion des technologies dans les régions moins développées pour réduire les écarts territoriaux.
Sur le front climatique, le plan confirme une inflexion progressive mais structurante. La Chine maintient son engagement d’atteindre un pic d’émissions de CO₂ avant 2030 et la neutralité carbone à l’horizon 2060. Dans cette perspective, les autorités fixent des objectifs de réduction de l’intensité carbone et énergétique, tout en poursuivant la croissance économique.
Le développement des énergies renouvelables s’accélère, avec une montée en puissance du solaire et de l’éolien à grande échelle. La Chine reste déjà le premier producteur mondial dans ces domaines et entend consolider cette position en maîtrisant toute la chaîne industrielle, de la fabrication des panneaux à leur déploiement. Parallèlement, le pays investit dans les réseaux électriques intelligents pour mieux intégrer ces sources intermittentes.
La transition énergétique reste toutefois graduelle. Le charbon conserve une place importante dans le mix énergétique, notamment pour garantir la sécurité d’approvisionnement. Le plan prévoit une réduction progressive de son usage, sans rupture brutale, afin d’éviter les tensions économiques et sociales. Cette approche illustre un arbitrage constant entre impératif climatique et stabilité du système productif.
L’urbanisme et l’industrie sont également ciblés. Les villes doivent améliorer leur efficacité énergétique, notamment dans les bâtiments et les transports. Les industries lourdes, fortement émettrices, sont incitées à moderniser leurs équipements et à adopter des procédés moins carbonés. Le développement des véhicules électriques, déjà massif en Chine, s’inscrit dans cette logique de décarbonation des transports.
Enfin, le plan introduit une dimension plus opérationnelle dans la gestion environnementale. Les autorités renforcent les outils de mesure et de pilotage des émissions, avec des systèmes de suivi plus précis et un élargissement des marchés carbone. L’objectif est de passer d’engagements généraux à des mécanismes de régulation plus contraignants, capables d’orienter les comportements des entreprises et des collectivités.
Il y a une actualité passée relativement inaperçue en Europe : 2026 marque l’entrée en vigueur du 15ᵉ plan quinquennal de la Chine. Ce texte fixe une trajectoire claire et, à mes yeux, structurante : Pékin organise méthodiquement sa montée en puissance dans les technologies critiques et dans la transition énergétique, avec l’ambition assumée de prendre de l’avance sur ses concurrents occidentaux.
Le cadre est sans ambiguïté. La stratégie repose sur deux axes indissociables : souveraineté technologique et décarbonation. L’objectif est double : réduire les dépendances extérieures et sécuriser la croissance dans un environnement contraint, qu’il s’agisse des tensions géopolitiques, de l’énergie ou du climat.
Sur le volet technologique, la Chine accélère. Les investissements en recherche et développement progressent, avec un ciblage précis des secteurs jugés critiques. Les semi-conducteurs restent la priorité, dans un contexte de restrictions imposées par les États-Unis. Pékin ne se contente pas de soutenir quelques acteurs : il structure une filière complète, de la conception à la production, en mobilisant à la fois entreprises publiques et privées.
L’intelligence artificielle constitue le second pilier. L’ambition n’est pas seulement technologique, elle est systémique. L’IA est appelée à irriguer l’ensemble de l’économie, de l’industrie aux services publics, avec des applications déjà concrètes dans la production, la gestion urbaine ou la santé. L’État encadre les usages, tout en soutenant des champions nationaux capables de rivaliser à l’échelle mondiale.
Le plan va plus loin en précisant la nature des transformations attendues. Il introduit la notion de « nouvelles forces productives de qualité », portée par Xi Jinping, qui vise à transformer en profondeur l’appareil industriel. L’innovation ne se limite plus à l’adoption de technologies existantes, elle s’inscrit dans une logique de rupture. Les investissements ciblent aussi les « industries du futur » : quantique, 6G, interfaces cerveau-machine, fusion nucléaire. En parallèle, la part de la recherche fondamentale est appelée à augmenter, avec une articulation renforcée entre éducation, science et formation des talents.
Les infrastructures numériques accompagnent ce mouvement. Le déploiement de la 5G se poursuit, les capacités de calcul se renforcent, les données deviennent un levier industriel. Cette dynamique prolonge les politiques engagées depuis plusieurs années, mais avec un recentrage sur la sécurité et la résilience du système productif.
Les grandes métropoles comme Shenzhen ou Shanghai servent de terrains d’expérimentation. Elles concentrent investissements, talents et écosystèmes industriels. L’enjeu est désormais de diffuser ces innovations à l’ensemble du territoire pour réduire les écarts et renforcer la cohésion économique.
Sur le plan climatique, la trajectoire est également structurée. La Chine maintient ses engagements : pic d’émissions de CO₂ avant 2030, neutralité carbone en 2060. Les objectifs de réduction de l’intensité énergétique sont intégrés à la stratégie de croissance, sans rupture brutale.
Le développement des énergies renouvelables s’intensifie. La Chine est déjà le premier producteur mondial de solaire et d’éolien, et elle entend consolider cette position en maîtrisant toute la chaîne de valeur. Les investissements dans les réseaux électriques intelligents visent à intégrer ces productions à grande échelle et à sécuriser l’approvisionnement.
La transition reste progressive. Le charbon conserve un rôle central, notamment pour garantir la stabilité du système énergétique. Pékin assume cet arbitrage : avancer sur la décarbonation sans fragiliser son appareil productif.
Les villes et les industries sont directement concernées. L’efficacité énergétique des bâtiments, la modernisation des procédés industriels et le développement des véhicules électriques constituent des leviers opérationnels. Le plan renforce également les outils de pilotage des émissions, avec des dispositifs de suivi plus précis et une extension des mécanismes de marché carbone.
Un point mérite d’être souligné : la notion de « smart city » disparaît comme axe autonome. Les technologies associées — réseaux, données, intelligence artificielle — sont désormais intégrées dans des politiques sectorielles, en particulier l’industrie et l’énergie. Ce choix traduit une approche plus mature : privilégier des infrastructures diffuses et systémiques plutôt que des projets vitrines.
La stratégie ne se limite pas au territoire chinois. Pékin entend projeter ces priorités à l’international. Les coopérations dans le numérique, l’intelligence artificielle et les technologies vertes sont présentées comme des axes structurants, notamment dans le cadre des « nouvelles routes de la soie ». Les technologies développées pour la transformation interne deviennent des instruments d’influence économique.
Ce plan marque une évolution claire : l’innovation n’est plus seulement un moteur de croissance, elle devient un outil de souveraineté. Et c’est précisément là que se situe, à mes yeux, l’enjeu pour l’Europe. Un éditorial récent du quotidien Les Échos pose la question sans détour : faut-il craindre cette stratégie ou s’en inspirer ? Le constat est difficile à contester. Face à une Chine capable d’aligner objectifs, moyens et calendrier, l’Europe reste fragmentée, lente à décider et dépendante sur plusieurs technologies clés. Le sujet n’est plus théorique. Il est industriel, énergétique et stratégique.
Vous pouvez lire sur ce site les principales recommandations adoptées par le Comité Central du Parti Communiste Chinois sur ce sujet.
À la fin de l’année 2025, l’intelligence artificielle a franchi un seuil d’usage inédit. Selon une étude du Microsoft AI Economy Institute, 16,3 % de la population mondiale utilise désormais des outils d’IA générative, soit près d’une personne sur six. La progression est rapide, mais très inégale : les pays industrialisés adoptent ces technologies deux fois plus vite que les économies émergentes, et l’écart entre le « Nord global » et le « Sud global » dépasse désormais dix points.
Dans ce contexte, la France se distingue nettement. Au second semestre 2025, 44 % des Français en âge de travailler déclaraient utiliser au moins un outil d’intelligence artificielle générative, en hausse de 3,1 points en six mois. Ce niveau place le pays au 5ᵉ rang mondial. Le Royaume-Uni atteint 38,9 % d’adoption, l’Allemagne 28,6 % et les États-Unis 28,3 %, tandis que les Émirats arabes unis dominent le classement avec 64 % et Singapour avec 60,9 %.
Cette position repose sur des choix engagés depuis plusieurs années. La France a investi tôt dans les infrastructures numériques, la recherche et la formation. Elle s’appuie sur un écosystème scientifique et entrepreneurial actif, qui favorise l’émergence de nouvelles solutions et leur diffusion rapide. L’essor de startups comme Mistral AI, devenue en peu de temps la startup européenne la plus valorisée du secteur, a contribué à renforcer la visibilité internationale de la filière et à accélérer l’adoption par les entreprises.
L’action publique constitue un autre levier décisif. L’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans les services de l’État et des collectivités a contribué à familiariser les citoyens avec ces outils. L’administration, en devenant elle-même utilisatrice, a joué un rôle d’entraînement pour l’ensemble de l’économie. Aujourd’hui, un tiers des entreprises françaises de plus de 250 salariés ont déjà intégré l’IA dans leurs activités, notamment pour l’analyse de données, l’automatisation ou l’aide à la décision.
Cette transformation se lit également à l’échelle locale. Certaines collectivités expérimentent depuis plusieurs années des services publics enrichis par l’intelligence artificielle, contribuant à diffuser ces technologies dans la vie quotidienne. À Issy-les-Moulineaux, le lancement d’IssyGPT en décembre 2023 a ouvert un nouveau canal de dialogue entre la mairie et les habitants, facilitant l’accès à l’information municipale et aux services. Plusieurs dizaines de milliers de conversations ont été enregistrées depuis sa mise en service, signe d’une appropriation rapide par les usagers. A Meudon, c’est un assistant conversationnel, doté d’une intelligence artificielle, qui prend le relais dès que la mairie ferme ses portes : la nuit, le week-end et les jours fériés… Cet agent vocal est capable de donner, en autonomie : horaires des équipements municipaux, formalités administratives, état civil ou informations pratiques.
La diffusion passe aussi par l’accompagnement des publics. Des ateliers d’initiation à l’intelligence artificielle sont régulièrement proposés, notamment dans les écoles et lors d’événements consacrés au numérique, afin d’apprendre à formuler des requêtes, à comprendre le fonctionnement des modèles et à vérifier les sources. Cette approche pédagogique contribue à réduire les inégalités d’accès et à inscrire l’IA dans les usages courants.
Ces initiatives illustrent un phénomène plus large : la transformation numérique ne se joue pas uniquement dans les centres de recherche ou les grandes entreprises, mais aussi dans les territoires, au contact direct des citoyens. Elles éclairent concrètement les raisons pour lesquelles la France figure aujourd’hui parmi les pays où l’intelligence artificielle est la plus utilisée au quotidien.
Le contraste avec les États-Unis souligne cette évolution. Le pays reste en tête pour le développement des modèles et des infrastructures, mais il n’occupe que le 24ᵉ rang en matière d’usage par la population active. Cette dissociation montre que la maîtrise technologique ne suffit pas à elle seule à généraliser les pratiques.
D’autres pays ont adopté des stratégies offensives pour accélérer la diffusion. Les Émirats arabes unis ont nommé dès 2017 un ministre dédié à l’intelligence artificielle et multiplié les dispositifs d’expérimentation réglementaire et d’attraction des talents. La Corée du Sud a connu en 2025 la progression la plus rapide, avec un taux d’adoption passé de 25,9 % à 30,7 % en un semestre, portée par des politiques publiques volontaristes et par l’amélioration rapide des modèles en langue coréenne.
Dans le même temps, l’essor de solutions open source transforme l’accès à l’intelligence artificielle dans de nombreux pays émergents, en réduisant les barrières financières et techniques. L’enjeu n’est plus seulement d’innover, mais de permettre l’accès et l’appropriation par le plus grand nombre.
La France fait désormais partie des pays où l’usage massif de l’intelligence artificielle devient un facteur de compétitivité et d’efficacité des politiques publiques. L’expérience montre que cette transformation se construit autant par les stratégies nationales que par les initiatives locales, là où les technologies rencontrent concrètement les usages.