IA dans les services publics : l’Europe avance sans la France

L’Union européenne ne se limite plus à réglementer l’intelligence artificielle. Elle commence à organiser son utilisation concrète dans les services publics. Mais la France brille par son absence, en particulier des projets qui concernent directement la modernisation des administrations et la relation avec les citoyens.

Trois expérimentations ont été lancées en juillet : FLOODS & DROUGHTS, EUNOMIA.AI et EuropAI. Financées par le programme pour une Europe numérique, elles doivent tester des solutions d’IA générative en conditions réelles et produire des outils, des méthodes et des cadres de gouvernance réutilisables par d’autres administrations.

Cette démarche mérite d’être suivie, non parce qu’elle garantit déjà des résultats, mais parce qu’elle pourrait contribuer à définir les futurs standards européens. Les administrations qui participent aujourd’hui aux expérimentations auront leur mot à dire sur les usages, les règles de sécurité, les procédures d’achat et les conditions de déploiement. Les autres devront peut-être, demain, s’adapter à des choix effectués sans elles.

EUNOMIA.AI veut simplifier les services publics

EUNOMIA.AI est le projet le plus directement lié au fonctionnement quotidien des administrations. Pendant trois ans, 33 organisations issues de 13 États membres de l’Union européenne et de Norvège testeront plusieurs usages de l’IA générative. Les expérimentations porteront notamment sur la simplification des démarches administratives, le traitement de documents, la vérification de la conformité réglementaire et le développement d’assistants numériques pour les citoyens et les agents publics.

Les objectifs affichés sont de rendre les procédures plus compréhensibles, réduire les délais de traitement et automatiser certaines tâches. Reste à mesurer si les solutions développées amélioreront réellement le service rendu, sans ajouter de nouvelles couches techniques ni éloigner davantage les citoyens de leurs interlocuteurs.

EUNOMIA.AI prévoit de s’appuyer sur des modèles européens en open source, hébergés sur des infrastructures européennes, nationales ou locales. La protection des données, la cybersécurité, la supervision humaine et la traçabilité des réponses devront être intégrées dès la conception.

Le projet doit également produire des guides de déploiement et des modèles de gouvernance. C’est probablement son apport le plus utile. Les administrations expérimentent de plus en plus l’IA, mais elles disposent encore rarement de règles claires pour encadrer les usages, évaluer les réponses, protéger les données et accompagner les agents.

Aucune administration française ne participe à ce projet. Le consortium est piloté par l’Agence Digitale d’Andalousie, et rassemble des représentants de l’Autriche, l’Estonie, la Finlande, l’Allemagne, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, la Lettonie, Malte, les Pays-Bas, la Norvège, la Pologne, le Portugal et l’Espagne. Les régions de Madrid, la Galice et la Mazovie polonaise sont également concernées, ainsiu que les villes de Wels et Graz en Autriche, Grenade en Espagne, Tampere en Finlande, Legnano en Italie et La Haye aux Pays-Bas.

EuropAI veut éviter la dispersion des initiatives

EuropAI porte sur un autre problème bien connu : chaque administration expérimente souvent dans son coin, avec ses propres prestataires, ses propres règles et ses propres outils.

Coordonné par le ministère néerlandais de l’Intérieur, le projet réunit des partenaires des Pays-Bas, du Danemark, de Belgique et du Luxembourg. On y trouve la ville danoise d’Aarhus, ainsi que, côté belge, la Région flamande, l’agence informatique de la ville de Gand et une agence intercommunale de développement wallonne. Il travaillera sur la simplification juridique et administrative, l’analyse urbaine et l’aménagement du territoire, ainsi que sur les assistants numériques destinés aux citoyens.

Les partenaires doivent partager des composants techniques, des documents de conformité, des procédures d’achat et des méthodes de mise en œuvre. L’objectif est d’éviter que chaque collectivité reprenne depuis le début les mêmes travaux sur la sécurité, la responsabilité, la protection des données ou l’évaluation des résultats.

Cette mutualisation paraît logique. Elle n’est cependant pas naturelle dans un paysage administratif européen fragmenté, où les cadres juridiques, les systèmes d’information et les pratiques professionnelles diffèrent fortement. Il faudra donc vérifier si les solutions produites sont réellement transférables, et pas seulement présentées comme telles.

Là encore, aucun acteur public français n’est associé au projet.

Paris-Saclay participe au projet sur les risques climatiques

La France n’est cependant pas totalement absente des trois expérimentations. La Communauté d’agglomération Paris-Saclay figure parmi les acteurs publics associés à FLOODS & DROUGHTS. Ce projet sectoriel porte sur la prévention et la gestion des inondations, des sécheresses et des risques liés à l’eau. L’IA générative doit aider les services publics à exploiter des données environnementales, météorologiques et opérationnelles, puis à les transformer en alertes et en recommandations plus facilement utilisables.

Cette participation française doit être relevée. Elle ne compense toutefois pas l’absence de nos administrations dans EUNOMIA.AI et EuropAI, qui traitent de sujets beaucoup plus transversaux pour la transformation des services publics.

La France ne peut pas rester simple observatrice

L’Europe expérimente, mutualise et commence à structurer l’usage de l’IA générative dans ses administrations. Pendant ce temps, la présence française demeure marginale dans les deux projets les plus directement consacrés à la modernisation des services publics. Cette situation est difficile à comprendre. La France dispose de collectivités pionnières, d’administrations qui expérimentent déjà l’IA et d’entreprises capables de contribuer à ces travaux. Pourtant, ces expériences apparaissent peu dans les consortiums européens.

Ne pas participer signifie perdre une occasion de confronter nos pratiques à celles d’autres pays, de contribuer aux standards communs et de défendre nos besoins spécifiques. Cela augmente aussi le risque de voir chaque administration française relancer demain ses propres études, ses propres marchés et ses propres expérimentations.

À défaut d’être suffisamment présents dans ces projets, il faudra au moins en exploiter les résultats. Les méthodes, les outils et les retours d’expérience devront être repris en France, évalués et adaptés, plutôt que de réinventer une nouvelle fois ce qui aura déjà été testé ailleurs.

Restons en contact !

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *