LumiSense : quand la lumière devient intelligente au service des bâtiments et des villes
Parmi les innovations présentées lors du Festival #VivaIssy 2026, certaines donnent un aperçu très concret de ce que pourraient devenir nos bâtiments dans les prochaines années. C’est le cas de LumiSense, une technologie développée conjointement par l’Isep, l’Université de Tsinghua à Pékin et l’entreprise Xuyu Optical, récompensée par une médaille d’or au Salon international des inventions de Genève 2026.
Présenté le 16 juin dernier par le professeur Xun Zhang et Jérôme Barbotin, le projet illustre le parcours complet d’une innovation : née dans les laboratoires de recherche, validée sur le plan scientifique, distinguée à l’international puis expérimentée sur le terrain, notamment à Issy-les-Moulineaux.
Au premier regard, LumiSense apparaît comme un système d’éclairage intelligent piloté par l’intelligence artificielle. Son objectif est de reproduire au plus près la lumière naturelle afin d’améliorer le confort visuel, le bien-être et les conditions d’apprentissage ou de travail. Mais derrière cette promesse se cache une transformation beaucoup plus profonde de la manière dont les bâtiments sont conçus et exploités.
Le projet repose sur une idée simple : faire de chaque luminaire un équipement intelligent capable non seulement d’éclairer mais aussi de collecter, traiter et transmettre des informations. La lumière devient alors une infrastructure numérique à part entière.
Cette évolution s’appuie sur le développement du Power over Ethernet (PoE), une technologie qui permet d’alimenter les équipements électriques directement par les câbles réseau. Longtemps limitée à quelques watts, cette technologie atteint désormais des puissances pouvant dépasser 90 watts, suffisantes pour alimenter des éclairages LED performants, des capteurs ou encore des équipements d’intelligence artificielle.
À terme, cette approche pourrait simplifier considérablement les infrastructures des bâtiments. Au lieu de multiplier les réseaux électriques traditionnels, un seul câblage informatique permettrait d’assurer à la fois l’alimentation énergétique et les échanges de données. Les coûts d’installation et de maintenance s’en trouveraient réduits tandis que les bâtiments gagneraient en flexibilité.
L’autre innovation majeure concerne l’efficacité énergétique. LumiSense fonctionne principalement en courant continu, ce qui permet de limiter les pertes liées aux multiples conversions électriques. L’électricité produite par des panneaux photovoltaïques peut ainsi être utilisée plus directement par les équipements du bâtiment.
Selon les résultats présentés lors de la conférence, cette architecture permettrait d’atteindre jusqu’à 72 % d’économies d’énergie sur certains sites pilotes. Une performance qui répond aux objectifs de sobriété énergétique poursuivis par de nombreuses collectivités.
Chaque point lumineux disposant de sa propre adresse IP, il devient possible de créer un véritable jumeau numérique du bâtiment. Les gestionnaires peuvent connaître en temps réel les conditions d’occupation, les consommations ou encore les besoins des utilisateurs.
L’originalité du système réside toutefois dans son approche de l’intelligence artificielle. Contrairement à de nombreuses solutions connectées qui reposent sur des traitements réalisés dans le cloud, LumiSense privilégie une IA locale embarquée directement dans les équipements. Les données sont analysées sur place, limitant les risques de cybersécurité et préservant davantage la vie privée des occupants.
Cette intelligence embarquée ouvre la voie à de nouveaux usages. La lumière peut ainsi s’adapter automatiquement à la fatigue visuelle, aux rythmes biologiques ou aux conditions ambiantes afin d’améliorer le confort des occupants. Les capteurs intégrés permettent également de détecter certaines situations sans recourir à des caméras, un choix assumé par les concepteurs du projet pour concilier innovation et respect de l’intimité.
Les applications vont bien au-delà du simple éclairage. En cas d’incendie ou d’évacuation d’urgence, le réseau basse tension reste opérationnel même si l’alimentation électrique principale est interrompue. Les luminaires peuvent alors guider les occupants grâce à des signaux lumineux dynamiques indiquant les chemins les plus sûrs.

Des expérimentations menées en Chine montrent également que cette technologie peut servir à guider avec précision des véhicules autonomes dans des espaces où le GPS ne fonctionne pas, comme les parkings souterrains.
À Issy-les-Moulineaux, ces travaux trouvent un prolongement concret à travers un module Smart City développé en partenariat avec la Ville. L’objectif est d’explorer comment cette nouvelle génération d’infrastructures intelligentes peut contribuer à améliorer la gestion énergétique des bâtiments, la sécurité des usagers et les services rendus aux habitants.
Au-delà de la prouesse technologique, les chercheurs voient dans LumiSense un outil capable d’accompagner les grandes évolutions démographiques et sociétales. Le maintien à domicile des personnes âgées, la surveillance discrète de certains indicateurs de santé ou encore l’adaptation automatique des espaces de vie pourraient demain s’appuyer sur cette infrastructure lumineuse devenue intelligente.
Imaginée entre Paris et Pékin, récompensée à Genève et désormais expérimentée à Issy-les-Moulineaux, LumiSense illustre une nouvelle génération d’innovations où l’intelligence artificielle s’efface derrière l’usage pour rendre les bâtiments plus économes, plus sûrs et plus attentifs aux besoins de leurs occupants.



