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Eric Legale — Innovation publique, numérique territorial, IA
Remy FEVRIER à #VivaIssy

Numérique : maîtrisons-nous vraiment nos outils ?

Maîtrisons-nous vraiment les technologies dont nous dépendons chaque jour ? C’est par cette question directe que Rémy Février a ouvert la session « Le numérique à l’épreuve du réel : illusion de maîtrise et nouvelles vulnérabilités », organisée dans le cadre du Festival #VivaIssy 2026.

Professeur au Conservatoire national des arts et métiers, ancien officier supérieur de la Gendarmerie nationale, spécialiste des questions de sécurité, de défense et de renseignement, Rémy Février a proposé une lecture lucide de notre dépendance numérique. Son propos ne relevait ni du discours alarmiste, ni de la fascination technologique. Il partait d’un constat simple : le numérique est devenu l’environnement dans lequel fonctionnent nos organisations, nos entreprises, nos administrations et une part croissante de notre vie quotidienne.

Nous avons souvent le sentiment de mieux contrôler le monde parce que nous disposons de tableaux de bord, de données, d’indicateurs et d’outils automatisés. Mais cette accumulation de mesures ne garantit pas la compréhension. « Mesurer n’est pas comprendre », a rappelé Rémy Février. Un indicateur peut être au vert alors qu’une menace progresse déjà. Un système peut fonctionner parfaitement jusqu’au jour où une panne, une attaque ou une erreur révèle des dépendances que l’on avait cessé de voir.

Le numérique donne le sentiment de rendre les organisations plus fluides, plus rapides et plus efficaces. En réalité, il les rend aussi plus interdépendantes. Données hébergées chez des prestataires, logiciels externalisés, services cloud, réseaux, API, plateformes : aucune organisation ne fonctionne plus seule. La question n’est donc plus seulement de savoir si un outil marche, mais de comprendre ce qui se passe lorsqu’il ne marche plus.

Cette réflexion concerne directement les collectivités, les PME, les services publics et les entreprises. Les grandes cyberattaques donnent souvent l’impression que seuls les grands groupes sont visés. Rémy Février a au contraire insisté sur la vulnérabilité des structures plus petites, parfois moins préparées, persuadées de ne pas intéresser les attaquants. Dans une économie connectée, une PME, un prestataire ou une collectivité peuvent devenir des points d’entrée, des cibles ou des maillons faibles.

L’intelligence artificielle accentue encore ces risques. Elle ne crée pas toutes les menaces, mais elle les accélère. Elle permet de produire des messages plus crédibles, des escroqueries plus personnalisées, des campagnes de désinformation plus rapides. L’arnaque au président, les faux ordres de virement, les imitations de voix ou de visages deviennent plus difficiles à repérer. Le risque n’est plus seulement technique. Il touche la décision, la confiance et la capacité à distinguer une situation normale d’une manipulation.

Rémy Février a également rappelé que la souveraineté numérique ne se mesure pas dans les périodes calmes. Elle se révèle dans les crises. Être souverain ne signifie pas vivre sans dépendance. Cela signifie savoir ce que l’on maîtrise, identifier ce dont on dépend et être capable de continuer à agir en état dégradé. Peut-on fonctionner si un prestataire est indisponible ? Peut-on reprendre la main si un service critique tombe ? Les équipes savent-elles décider lorsque les outils habituels ne répondent plus ?

Cette culture de la résilience suppose un changement de regard. La sécurité numérique ne peut plus être considérée comme une simple fonction support. Le système d’information est devenu la colonne vertébrale des organisations. Il conditionne l’activité, la relation aux usagers, la production, la facturation, la communication et parfois la sécurité physique. La gouvernance doit donc intégrer les risques numériques au plus haut niveau, avec des procédures claires, des exercices de crise et une vraie capacité de décision.

La conférence a aussi ouvert une perspective plus lointaine avec l’arrivée du quantique. Certaines informations protégées aujourd’hui pourraient ne plus l’être demain. Cette évolution oblige les organisations à penser la sécurité dans la durée, à inventorier leurs données sensibles et à anticiper la migration vers des solutions de chiffrement plus robustes.

Au fond, le message de cette session tenait en une idée forte : le numérique n’a pas supprimé le réel, il l’a rendu plus exigeant. Rémy Février a rappelé que l’innovation ne peut être durable sans lucidité.

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