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Eric Legale — Innovation publique, numérique territorial, IA

Collectivités : le numérique public doit maintenant faire ses preuves

Avec son premier Digital Government Outlook, publié en juin 2026, l’OCDE dresse un constat simple : les États ont beaucoup investi dans le numérique public, mais ils doivent maintenant démontrer son utilité concrète. Depuis dix ans, on a multiplié les démarches en ligne, les portails de services, les politiques d’open data, les systèmes d’identité numérique et les dispositifs d’interopérabilité. Les fondations existent. Mais elles ne suffisent pas toujours à simplifier la vie des citoyens, ni à améliorer le travail des agents.

Les attentes sont fortes. Les habitants veulent des services plus simples, plus rapides, plus lisibles. Les administrations, elles, doivent composer avec des moyens contraints, des procédures lourdes et des systèmes d’information souvent fragmentés. L’intelligence artificielle ajoute une nouvelle pression : elle peut accélérer certaines tâches, mais elle oblige aussi à mieux encadrer les usages, les données et les décisions.

Le rapport de l’OCDE s’adresse d’abord aux États, mais il concerne directement les collectivités locales. Elles sont en première ligne sur les démarches du quotidien : inscriptions scolaires, petite enfance, action sociale, urbanisme, voirie, mobilité, équipements publics, vie associative, signalements. Et c’est à cette échelle que le numérique public est jugé. Pour un habitant, la transformation numérique ne se mesure pas à l’existence d’une stratégie nationale, mais à la possibilité de trouver une information fiable, d’accomplir une démarche sans la recommencer trois fois, ou d’obtenir une réponse claire.

L’un des points centraux du rapport concerne les données. L’OCDE ne demande pas seulement d’en publier davantage. Elle insiste sur leur qualité, leur mise à jour et leur réutilisation. Dans les pays de l’OCDE, 57 % des jeux de données à forte valeur sont disponibles en open data, contre 47 % en 2023. Les données géospatiales et statistiques sont les mieux couvertes, avec 73 % et 74 % de disponibilité. D’autres restent en retrait : 34 % pour les données relatives aux entreprises, 38 % pour les finances publiques et la redevabilité, 53 % pour la santé et le social.

Pour une collectivité, cela change la nature du sujet. Les horaires d’équipements, les événements, les travaux, les aides locales, les délibérations, les subventions, les marchés publics, les données environnementales ou les informations de mobilité ne sont pas de simples fichiers à publier. Ce sont des données de service public. Si elles sont incomplètes ou obsolètes, les services en ligne se dégradent, les agents perdent du temps et les outils d’IA produisent des réponses erronées.

L’IA entre justement dans une phase plus exigeante. L’OCDE observe qu’elle est déjà utilisée dans presque tous les pays membres. Mais seuls 28 % des pays évaluent systématiquement son impact dans l’administration. Le chiffre invite à la prudence. Une expérimentation peut être séduisante ; elle ne devient utile que si ses effets sont mesurés.

Pour les collectivités, la méthode doit rester simple : partir d’un problème précis, vérifier la qualité des données, maintenir une supervision humaine, mesurer les résultats et expliquer clairement ce qui est automatisé ou non.

Le rapport dessine ainsi une feuille de route pour les territoires. D’abord, mieux organiser la gouvernance de la donnée : savoir quelles informations existent, qui les met à jour et à quels services elles servent. Ensuite, renforcer l’interopérabilité pour éviter l’empilement d’outils incapables de communiquer entre eux. Puis améliorer l’expérience usager en testant les services avec les habitants, les associations, les entreprises et les agents. Enfin, déployer l’IA par cas d’usage concrets, avec des règles claires et des indicateurs d’impact.

Le message de l’OCDE est moins technologique qu’organisationnel. Et la prochaine étape se jouera largement dans les territoires, là où les habitants rencontrent chaque jour le service public.

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